Texte à l’arrache 37

 Dans Textes à l'arrache

La main de gloire. La main enchantée. Je l’ai fabriqué. Avec un corps, celui d’un pendu. Facile à trouver en ville, la tristesse y pousse comme du chiendent. A icelui j’ai coupé la main gauche. Il a fallu la momifier, en la desséchant dans des décoctions de sable d’Egypte et de sels de bain (un ajout personnel). J’ai mis une veilleuse dans la paume et des cierges sur les doigts. Ces bougies, je les ai faites avec de la cire vierge, du sésame de Laponie, et la graisse du dit pendu. Les mèches ont été tressées avec ses cheveux. La main de gloire brille d’une lumière que seul son porteur peut voir. En d’autres termes, il peut se déplacer dans l’obscurité, invisible. « Dans tous les lieux où l’on va avec ce funeste instrument, ceux qui y sont demeurent immobiles, et ne peuvent plus remuer que s’ils étaient morts. »
C’est beaucoup plus simple qu’avec un téléphone intelligent : quand tous les doigts sont allumés, tout le monde est neutralisé. Si un doigt est éteint, c’est qu’il y a quelqu’un de réveillé. A coeur-joie me suis-je amusé à faire des farces effrayantes, à voler dans les maisons, les musées, les mausolées, à espionner, à épier, à lorgner, reluquer, agresser, faire chanter… A me venger des impardonnables… Ça, je ne l’ai pas trop fait. Je ne suis plus rancunier. La personne que je haïssais le plus, c’était le pendu .

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