Texte à l’arrache 60

 Dans Textes à l'arrache

Le loto annuel de l’école primaire Saint Vladimir va commencer ! Le petit garçon tire sa maman par la main, entre les rangées de chaises déjà garnies de monde. Il piaffe d’impatience, et ne veut qu’une des meilleurs places, celle à coté de la machine à bille. Dans la salle, seules les excuses embarrassées de la mère interrompent le silence : le directeur est en train de faire son discours. Enfin, il trouvent une place. Le bambin bat des mains, en attendant les cartons qui arrivent. Ses yeux s’éclairent de la plus grande des joies, son visage exprime la satisfaction la plus complète, et les « chut » de sa mère donnent le compte à rebours du jeu.
Qu’elles sont belles, ces billes, grosses, et rondes, et blanches, ballottantes dans leur cage sphérique, comme de petits animaux malicieux. La maman à expliqué les règles au petit garçon avant d’y aller. L’idée de gagner de superbes cadeaux à enflammé l’imagination de bonhomme, plutôt morose au départ. Des montagnes de merveilles, des éléphants de bonheur, des bateaux pirates d’aventures , des cavernes de voeux exaucés ! Bardé de dessins animés épatants, il ne doute pas qu’il va en gagner au moins un. La partie commence.
L’enfant observe, fasciné, le mouvement de la manivelle, son action sur la sphère, les boules qui se dégringolent les unes sur les autres avec un bruit de grelot terrible. Un beau jouet qu’il aimerait.
Le premier numéro est annoncé, mais ils ne l’ont pas. Le petit garçon s’amuse à plaisanter comme une grande personne. On s’attendrit un peu.
Le deuxième numéro est annoncé. Ils ne l’ont toujours pas. De nouveau, le garçonnet plaisante, mais déjà, quelque chose grippe son apparente désinvolture de gosse.
Troisième numéro. Quatrième. Cinquième. Rien. Rien. Rien. Ca continue, sixième, septième, huitième numéro. Les premières grilles se remplissent, les premiers cadeaux commencent à être distribués. Encore, encore. Rien, Rien. De beaux joujoux s’en vont, d’autres enfants sont heureux. Encore des grilles, encore des lots, toujours aucun numéro. On se rapproche du grand prix, du plus beau de tous les rêves, du dernier espoir de victoire.
Souvent le destin récompense les gros perdants, pourtant, ici encore, rien n’est emporté par la maman et le petit garçon. Celui-ci entre dans une colère si noire, qu’il geint, et pleure, et couine. Il se roule par terre en beuglant comme un veau privé de lait, il renverse les chaises, se débat, fait un véritable scandale, foudroyé qu’il est par sa douloureuse découverte de l’injustice, et du temps perdu. Sa mère le traine dehors. Le soir, la maison gronde de réprimandes.
Le lendemain, tous les cp sont assis bien sages, dans la salle de cours, y compris le petit garçon. La maitresse arrive. Il voit tout de suite qu’elle n’a pas l’air contente, mais elle ne le regarde pas. Peut être a t’elle oublié son esclandre de la veille… Elle prend la parole :
« Hier, un petit garçon très méchant s’est très mal comporté à la soirée du loto. Ce qu’il a fait n’est pas bien, et très mal élevé. Ce petit garçon, c’est François-René. Que tout le monde pointe François-René du doigt, et le hue. Huez-le, moquez vous ! Méchant François-René ! »
Cachés dans ses mains, le petit garçon pleure le plus fort possible, pour ne pas entendre les rires haineux des marmots autour de lui.

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