Texte à l’arrache 14

 Dans Textes à l'arrache

Dans les couloirs de l’hôpital, la dépression a servi de peinture pour les murs. Du gris dégoulinant qui s’accorde avec les visages blafards des patients. Malades ou visiteurs, tous ont l’air triste et subjugué. Un massacre est facile à imaginer. Assis des heures dans la salle d’attente, on se figure le tireur fou allumant des docteurs et des infirmières. Le sang macule les blouses blanches, les portes battantes, les murs crasseux, dans une grande oeuvre d’art baroque à la bruine rouge. Il y en a partout. Que n’ai-je tant vécu que pour voir le spectre noir du vent malade gémir dans ces tubes sombres aux portes numérotées ? L’hôpital, c’est le hangar de la mort, aussi entend-on en permanence les frou-frous de sa toge, même au département des piqures pour le cul, car toujours, quelque part dans une chambre, dans un lit, ou sur une table, il y a un corps qu’on ne parvient plus à réveiller. Les docteurologues, les prouctologues, les oncolés, comment font-ils pour ne pas se faire posséder à la sortie par des fantômes colériques, revanchards, rancuniers des souffrances qu’on leur a infligés ? Peut-être est ce pour ça qu’il y a une chapelle ouverte aux chrétiens, aux juifs et aux musulmans : en réalité, personne n’y va, c’est juste pour y stocker un maximum d’exorcistes, en cas de besoin. Il doit bien avoir aussi un chaman et un marabout. On ne sait jamais qui a raison, au sujet de la mort… Berk. En un mot comme en cent, l’hôpital, c’est affreux. Berk.
Que fait cette petite vieille dame en face ? Elle a l’air de se toucher. Elle doit surement le faire. Si il y a bien un moyen de s’évader, c’est en se tirlipotant le zibouinbouin. Ce n’est pas méchant. Voilà qu’elle pousse des gémissements… Ce n’est pas méchant, mais bon, c’est gênant. Elle tombe de sa chaise roulante ! Par le crâne nu d’un chauve, elle continue ! Euh, j’veux pas dire, mais c’est franchement dégueulasse. Les autres patienteurs se lèvent comme moi de leurs chaises, et semblent hésiter entre fuir, vomir, ou fumir (qui est faire les deux choses en même temps). Oh, maintenant elle se roule dans sa bave, en poussant des cris abjects… Je vais passer pour un obsédé sexuel à force d’écrire ça. Heureusement, le wagon-restaurant passe à ce moment là. Eros et Thanatos en sortent, chopent la mémé, et l’embarque dedans. Ils nous font des doigts d’honneur par la fenêtre pendant que le wagon repart. Après, piqure, perfusion, un suppo, et au lit. N’ai je point assez vécu aujourd’hui ?

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