Texte à l’arrache 199

 Dans Textes à l'arrache

Pendant ce temps, les travaux combinés du Devin Shadok et du Professeur Shadoko, sur le sujet de l’ivresse, avaient mené à une avancée considérable en matière de picologie, discipline qui en avait justement grand besoin. Car le Chaos régnait, et beaucoup de shadoks mourraient.

A cette époque, en effet, rien ne contrôlait la consommation de liqueurs, breuvages et spiritueux de ces pauvres bêtes. Le soir venu, leur journée de pompage terminée, elles n’aimaient rien de plus que de se retrouver au bistrot, pour noyer leur servitude dans l’apéro. Hélas, beaucoup de shadoks, quand ils avaient fait bombance de cacahuètes salées, buvaient des litres et des litres d’alcools divers : Armagnac, Calvados, Fin bois, Kirsch épiscopal, Génépi, Marc de Bourgogne, Cognac, Martinique, Macvin et autres Borderies. La grande majorité d’entre eux sombraient alors dans un état proche de l’hystérie. Ils se mettaient à sauter, danser, chanter, se battre, ou philosopher, quand ils ne restaient pas prostré dans un état de stupeur, à faire des bulles. Ils échafaudaient des plans sur la comète, élaboraient des coups d’états, et autres projets, en braillant à plein poumon dans les estaminets.

Le problème, c’est que la plupart des shadoks, dépassé une certaine dose de boisson, se mettaient à éclater. Littéralement. Boum ! Comme les bulles des stupéfiés (qui explosaient de même, au bout d’un moment).

Le shadok buvait, buvait, et il enflait, enflait, jusqu’au au point de rupture, boum ! Plus de shadok ! Pour certains, un seul verre suffisait, boum ! Seul de rares natures, plus endurantes et pondérées, parvenaient à ne pas péter malgré l’ingestion de plusieurs gallons. C’était en général des animaux mélancoliques, qui sirotaient leurs liqueurs loin des autres fêtards. La situation était alarmante, la force de travail se rabougrissait à vue d’œil. Il fallait faire quelque chose, et d’urgence !

Le Devin Shadok et le professeur Shadoko, donc, avaient constaté que l’eau ferrugineuse agissaient plus ou moins puissamment selon le shadok. Afin d’éviter les accidents, on décida d’instaurer un système de permis : le permis de boire.

Dès sa sortie de l’œuf, on commençait a faire picoler le shadok : s’il n’explosait pas avant d’avoir fini d’ingérer la dose réglementaire, on lui remettait son permis. Il avait ainsi le droit d’entrer dans les bars, bistrots, boui-boui et autres pubs, où il pouvait consommer. A l’aide d’une petite jauge installée sur le comptoir, que l’on branchait dans le fondement de la bestiole, on vérifiait qu’elle ne dépassât pas la dose létale, et on la renvoyait chez elle si nécessaire.

Il y avait quatre permis : Ga, Bu, Zo, et Meu.

Le permis Ga limitait le shadok au vin, le Bu, au vin et au pastis, le Zo, au vin, au pastis, et au whisky, le Meu, (le plus rare) au vin, au, pastis, au whisky et à la vodka. Un grand nombre de shadoks périssaient lors des tests.

Et comme on avait pas prévu les autres poisons, rien n’empêchait un shadok sans permis de se bugner le bec au Spiritu, par exemple. Boum ! Il en crevait autant qu’avant. Pour mettre un terme à la question, il fut ordonné d’envoyer les shadoks les plus endurants et lucides dans des camps spéciaux, appelés camps d’auto-critique explosive, afin que leur existence ne démoralise plus les autres, puis on passa à autre chose. Boum !

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